Visite du Centre de Meuse/Haute-Marne de l’Andra : Présentation du projet Cigéo, visite du Laboratoire souterrain, de l’Espace technologique et de l’Écothèque
Les membres de l’AFITE ont participé, le 24 novembre 2025 à une visite exceptionnelle du Centre de l'Andra en Meuse/Haute-Marne (CMHM) et du laboratoire de recherche souterrain pour le stockage des déchets radioactifs.
L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), placé sous la tutelle des ministères chargés de l'énergie, de la recherche et de l'environnement, chargé de trouver et mettre en œuvre des solutions de gestion sûres pour l’ensemble des déchets radioactifs français afin de protéger les générations présentes et futures des risques liés à ces déchets.
L'Andra exploite le Centre de stockage de la Manche (CSM), actuellement en phase de fermeture, deux installations dans l'Aube : le Centre de stockage de l’Aube (CSA) et le Centre industriel de regroupement, d'entreposage et de stockage (Cires) et enfin, le Centre en Meuse/Haute-Marne qui prépare et contribue au projet Cigéo (Centre industriel de stockage géologique), solution de stockage en profondeur de déchets radioactifs, lequel sera destiné à stocker les déchets les plus radioactifs et à vie longue, majoritairement issus des centrales nucléaires.

Catégories de déchets radioactifs et filières de gestion associées
Le projet Cigéo : aboutissement de plus de 30 ans de recherches

Le projet Cigéo est prévu,à la frontière de la Meuse et de la Haute-Marne pour le stockage des déchets nucléaires français de haute activité (HA) et moyenne activité à vie longue (MA-VL). Certains resteront hautement radioactifs pendant plusieurs centaines de milliers d’années.
Située à environ 500 mètres de profondeur, l’installation souterraine se développera au fur et à mesure de son exploitation et comptera, à terme, près de 250 km de galeries et 15 km² de surface de stockage, afin de stocker environ 10 000 m³ de déchets de haute activité dans des alvéoles de 150 m de longueur et d’environ 80 cm de diamètre revêtus d’un chemisage métallique, et 73 000 m³ de déchets de moyenne activité à vie longue dans des alvéoles de quelques centaines de mètres de longueur et d’une dizaine de mètres de diamètre.
La demande d’autorisation de création du centre (DAC) est actuellement en cours d’instruction, le dossier devrait être soumis à l’enquête publique au second semestre 2026. Sous réserve d’un avis favorable à l’issue de cette enquête, le décret d’autorisation de création de Cigéo pourrait être adopté début 2028, après avis du Conseil d’État.
Débutera alors une phase industrielle pilote, réalisée au départ avec des colis factices puis, après autorisation de l’ASNR, avec des colis de déchets, afin de vérifier le bon fonctionnement des équipements, de confirmer les modes opératoires ainsi que la capacité à retirer des colis stockés.
À la fin de la phase Phipil, à l’horizon 2050, une loi devra fixer les conditions de poursuite éventuelle du stockage. Cigéo est la seule installation industrielle pour laquelle une décision parlementaire doit intervenir après le décret d’autorisation de création. Le centre de stockage est prévu pour être exploité une centaine d’années et une autre décision parlementaire devra intervenir autour de l’année 2150 pour autoriser sa fermeture définitive. La fermeture permettra d’assurer la sûreté de l’installation à long terme à l’aide d’ouvrages de scellement en argile gonflante qui vont bloquer les flux d’entrée et de sortie du stockage. Le coût total du projet est estimé entre 26,1 et 37,5 milliards d’Euros. Un arrêté devant fixer son coût est attendu en 2026. Il sera financé par les producteurs de déchets (EDF, CEA, Areva) via des provisions annuelles.
Ce projet représente une opportunité pour le développement de l’emploi local : jusqu’à 2000 personnes travailleront sur le chantier durant les années nécessaires à la construction. Les effectifs se stabiliseront autour de 600 personnes pour l’exploitation du site. Sans compter les emplois indirects et les retombées économiques sur la région.
Le laboratoire souterrain : Un outil scientifique et technique exceptionnel
Le laboratoire souterrain, situé à proximité du futur centre de stockage, démarré à partir de l’année 2000 et composé de plus de 2,3 kilomètres de galeries creusées dans la même couche d’argile du Callovo-Oxfordien que Cigéo, a pour fonction de réaliser les études et essais nécessaires au projet.
Cette couche géologique a été choisie pour sa très bonne stabilité (depuis 160 millions d’années) et sa capacité de rétention de la radioactivité émanant des déchets nucléaires.
Les expérimentations scientifiques menées au sein du laboratoire, en collaboration avec de nombreux partenaires français (BRGM, CEA, CNRS...) et internationaux permettent d’étudier au cœur de la roche et en temps réel le milieu géologique. L’objectif est, d’une part, d’éprouver la capacité de confinement de la roche argileuse et d’autre part, de compléter les données déjà acquises sur ses caractéristiques mécaniques, thermiques, géochimiques et hydrauliques. Ainsi les scientifiques étudient les réactions de la roche aux perturbations que provoquera le stockage, notamment son creusement et son échauffement.
Parallèlement, des essais techniques sont réalisés afin de tester des méthodes pour le creusement, la construction et la fermeture des alvéoles de stockage et expérimenter des dispositifs (capteurs, ...) qui pourraient être utilisés pour observer et suivre l'évolution du stockage lors de son exploitation.
L’autorisation d’exploitation du laboratoire expire au 31 décembre 2030., mais l’Andra s’est engagée dans une demande de prolongation de son exploitation afin de poursuivre les expérimentations scientifiques et techniques au-delà de la mise en exploitation du stockage.
L’Écothèque : Une banque d’échantillons environnementaux unique en France
Dans le cadre du projet Cigéo, l’Andra a mis en place en 2007 un Observatoire pérenne de l’environnement (OPE). Il a pour objectif de faire un état initial de l’environnement et de réaliser des prélèvements réguliers sur une zone d’étude de 900 Km² autour du site (avec un secteur de référence d’environ 250 km².).
Il est le premier observatoire en France à étudier simultanément l’ensemble des compartiments de l’environnement, dans tous les milieux d’un vaste territoire d’étude. Pour mener à bien sa mission, il dispose de huit stations de mesures et d’une Écothèque.
Cette dernière, mise en service en 2014, recueille, traite et conserve, dans un espace de 1200 m², des échantillons prélevés sur le territoire de l'OPE, pour une durée d’au moins 100 ans, afin de suivre leur évolution et pouvoir les analyser dans le futur, avec des méthodes plus sensibles, ou pour y rechercher de nouveaux éléments.
L’Écothèque dispose de trois modes de conservation des échantillons en fonction de leur nature :
-
Conservation cryogénique inférieure à -170°C
-
Conservation en surgélation à -80°C
-
Conservation en sec à 18°C dans une pédothèque.
Espace technologique : un lieu consacré à l'information du public

Espace technologique de l’ANDRA : coupe d’un colis de déchets MA-VL
L’Espace technologique, consacré à l'information du public, se situe à quelques kilomètres du laboratoire souterrain, à l’emplacement du départ de la descenderie du futur centre Cigéo.
Cet espace pédagogique comprend une halle de 3 000 m² avec des prototypes, des maquettes et des robots permettant de préparer et d’expliquer la phase industrielle de Cigéo.
Une exposition permanente, accessible librement au public, présente et explique la radioactivité et les activités de l’Andra ainsi que les différentes problématiques liées au projet Cigéo.
Une exposition intitulée « Dessus/Dessous », inaugurée en avril 2024, présente le parcours des colis de déchets radioactifs, de sa production à sa mise en stockage. Une maquette à grande échelle reproduisant les principales composantes du futur centre de stockage et leur fonctionnement permet de comprendre l’architecture et le fonctionnement de Cigéo : des bâtiments de surface (le dessus) aux galeries de stockage en souterrain (le dessous).
Un espace sur le thème de la mémoire des centres de stockage de déchets radioactifs présente les travaux de l’Andra sur la façon de conserver et de transmettre la mémoire de Cigéo aux générations futures et invite des artistes à proposer des projets réalistes, utopiques ou critiques sur le sujet.
L’AFITE remercie l’ensemble des représentants de l’Andra qui sont intervenus lors de cette visite et ont fait preuve d’une grande compétence et de beaucoup de pédagogie.
Pour en savoir plus :
https://meusehautemarne.andra.fr/
https://www.andra.fr/cigeo