L'Interval, nouveau centre de valorisation des déchets ménagers à Ivry/Paris XIII figure parmi les plus grands projets d’installations de traitement de déchets conduits en France. Les travaux de construction sont désormais achevés et l’usine est entrée, depuis juillet dernier, en phase d’essais à chaud. La mise en service industrielle est prévue d’ici la fin 2026.

L'Interval remplacera le centre multifilière à Ivry/Paris XIII d’une capacité de traitement autorisé de 730 000 tonnes par an qui réceptionne et valorise les ordures ménagères résiduelles de 14 communes et de 12 arrondissement parisiens du territoire du Syctom soit près de 1,4 million d’habitants et dispose du plus grand incinérateur d’Europe. Mis en service en 1969 puis modernisé en 1995 et 2005, Il arrive aujourd’hui en fin de vie.

L’usine d’incinération d’ordures ménagères (UIOM) existante sera remplacée par une unité de valorisation énergétique (UVE) qui traitera par incinération une quantité annuelle de 350 000 tonnes d’ordures ménagères et constituera une usine de référence, en France et en Europe.

La réduction des capacités de traitement se justifie par la prise en compte des perspectives d’amélioration du tri des déchets recyclables et par la mise en place de collectes séparées des biodéchets, valorisés par compostage ou méthanisation.

La construction de la nouvelle unité de valorisation énergétique a débuté fin 2018. L’usine existante est maintenue en fonctionnement durant le chantier, afin de garantir la continuité de la mission de service public de traitement et valorisation des déchets ainsi que la fourniture constante d’énergie récupérée à partir des déchets et d’alimenter le réseau de la CPCU (Compagnie Parisienne de Chauffage Urbain) en vapeur. Cette installation et les deux autres centres de valorisation énergétique du Syctom concourent à chauffer l’équivalent de 300 000 logements et notamment les grands hôpitaux parisiens.

La nouvelle UVE « L’Interval »

La nouvelle installation est implantée dans un milieu urbain très dense, sur un terrain juxtaposant l'actuel incinérateur, auparavant occupé par un centre de tri de collecte sélective et une déchetterie.

L’espace étant très restreint, des d’aménagements de l’usine actuelle ont été nécessaires afin de libérer la place indispensable à la nouvelle usine (la rampe d’accès au quai de déchargement a notamment dû être déplacée ainsi que des bâches de stockage d’eau pour les chaudières).

L’UVE est construite sur des fondations profondes (360 pieux en béton armé de 20 à 30 mètres et deux enceintes en parois moulées de 25 mètres de profondeur) et un parking souterrain sur 2 niveaux pour les véhicules du personnel est conçu pour être inondable afin de fournir un volume de compensation en cas de crue de la Seine, le site étant construit en zone inondable, dans le périmètre du P.P.R.I de la Seine et la Marne dans le Val de Marne.

La nouvelle installation est actuellement en phase d’essais à chaud, afin de tester les circuits thermiques et d’ajuster les réglages de combustion et de débits des fours-chaudières, préalablement au démarrage du Groupe Turbo Alternateur et à la mise en service industrielle de l’UVE, en veillant à adapter les tonnages des deux installations pendant la période de réglage, afin de ne pas dépasser la quantité annuelle de 730 000 t/an autorisée par l’arrêté préfectoral d’autorisation d’exploiter.

L’unité de valorisation énergétique est principalement composée des équipements suivants :

  • Des installations de réception, de contrôle (et détection de radioactivité) et de pesage des déchets entrants,

  • Un quai de déchargement

  • Une fosse de stockage des déchets de grande dimension (45x16m, sur 12 mètres de hauteur), d’une capacité de 5 500 tonnes (soit environ 4 jours d’apports), avec des équipements permettant le chargement des fours, mais également le transfert des déchets vers des camions gros porteurs (ponts roulant, grappins, trémie, quai de chargement...),

  • Deux lignes fours-chaudières de capacité identique de 22,4 tonnes de déchets par heure et par four (capables de traiter des déchets à haut pouvoir calorifique (PCI) puisque le projet initial prévoyait la construction d’une unité de tri et de préparation des déchets à haut PCI pour alimenter l’installation).

  • Les équipements nécessaires à la production et la condensation de la vapeur (Forage horizontal de plus de 300 m de long pour puiser l’eau de la Seine, unité de production d’eau déminéralisée, aérocondenseurs…). La vapeur est produite, par ordre de priorité, à partir des eaux pluviales de toiture, de la réutilisation des condensats du retour de vapeur de la CPCU, puis de l’eau de la Seine traitée. Une partie de la vapeur produite est fournie après détente à la CPCU à une température de 230 °C et une pression comprise entre 10 et 20 bars.

  • Un groupe turbo-alternateur (composé d’une turbine et d’un alternateur pour produire de l’électricité),

  • Les installations nécessaires à l’utilisation de l’électricité produite pour le fonctionnement de l’installation et au raccordement au réseau de transport électrique public (RTE) afin de réinjecter l’excédent,

  • Un système de traitement des fumées de type sec associé à chaque ligne de four-chaudière. Ce procédé est plus efficace que le traitement humide (actuellement utilisé sur l’UIOM), ne consomme pas d’eau et ne génère pas de panaches blancs à la sortie des cheminées. Il est constitué de 2 filtres à manches en série dans lesquels sont injectés du bicarbonate de sodium, du coke de lignite et du charbon actif bromé, pour neutraliser les principaux polluants. Les fumées transitent ensuite dans un réacteur catalytique pour piéger les oxydes d’azote. Dans un souci d’optimisation de l’espace, une partie de ces installations a été placée sous les parcours horizontaux des chaudières. Les fumées sont enfin rejetées par la cheminée à 100 m du sol, sans panache visible la plupart du temps.

  • Des équipements et ouvrages de gestion des résidus solides (mâchefers, ferrailles, cendres issue du traitement des fumées...),

  • Des équipements et ouvrages de traitement des odeurs et des eaux.

 

Schéma de fonctionnement de l’UVE

Les améliorations en termes d’environnement

La nouvelle installation présentera un mieux-disant environnemental par rapport à l’usine actuelle, à tous les niveaux : odeurs, bruit, rejets atmosphériques, circulation…

Afin de limiter les émissions d’odeurs et de bruit, l’ensemble des opérations sont effectuées à l’intérieur du bâtiment, dans des zones fermées par des sas et maintenues en dépression.

Afin de détecter toute nuisance olfactive, un réseau de capteurs positionnés dans le centre et aux abords pour caractériser les types d’odeurs, identifier leurs sources et évaluer le niveau d’intensité, de manière à les traiter avec efficacité.

Concernant le bruit, un partenariat a été mis en place avec Bruitparif, l’observatoire du bruit en Île-de-France, pour contrôler le respect des contraintes acoustiques durant le chantier et identifier, en temps réel, les éventuels dépassements, grâce à des capteurs, dénommés « méduses » en raison de leur forme, placés sur le site.

Les rejets atmosphériques seront moindres par rapport à l’usine actuelle du fait du traitement sec des fumées qui neutralisera les polluants au-delà des exigences des normes européennes. Le recours cette technologie conduira par ailleurs à diminuer de 99,7% les prélèvements d’eau en Seine.

En raison de la réduction des capacités de traitement, le nombre de camions en circulation diminuera.

Enfin, Une place importante sera accordée à la végétalisation afin de favoriser le développement de la biodiversité urbaine. Les toits et façades seront végétalisés (sur près de 4000 m²) et un éclairage adapté à la biodiversité sera mis en place.

En complément, le Syctom déploiera un dispositif de suivi environnemental élargi, similaire à celui de l’usine actuelle, à l’aide de collecteurs de précipitations dits « Jauges Owen » pour mesurer les retombées atmosphériques, avec validation des résultats par Airparif et d’une biosurveillance de mousses et lichens, complétée par un suivi de cultures de choux, pour mesurer les dépôts dans l’environnement.

La nouvelle usine est recouverte d’un bardage en acier inoxydable qui reflétera les couleurs changeantes de son environnement. L’architecture contemporaine de la nouvelle unité de valorisation énergétique met en valeur l’identité industrielle du site, tout en l’insérant dans son environnement urbain en mutation.

Après la mise en service de l’UVE, le Syctom procédera à la déconstruction de l’ancienne UIOM, d’une durée prévisionnelle de 18 mois.

Le Syctom souhaite favoriser au maximum le réemploi et la valorisation des matériaux issus de la déconstruction, ainsi une partie du bardage de l’UIOM sera réutilisé pour le projet de transformation du centre de tri à Romainville/Bobigny.

Enfin dans une démarche pédagogique, le Syctom a prévu sur le site un espace pédagogique de 700 m² destiné à expliquer aux scolaires et au grand public, le fonctionnement des centres de valorisation des déchets et de mener des actions de sensibilisation et de prévention sur le thème du recyclage et des déchets.

L’AFITE souhaite remercie Aurélie PRINCIPAUD, Directrice Générale des Services du Syctom, qui a permis l’organisation de cette visite, ainsi que Frédérique ROUX, adjoint au DGST – Directeur des usines de traitement et Bruno BERNIER Chef de projet Ivry, pour leur accueil et la qualité de leurs interventions.

 

Crédit photo : Franck BADAIRE