Analyse du cycle de vie : usages et objectifs - De la normalisation à l'application en entreprise
L'AFITE organisait le le 22 juin 2021 une matinale en visioconférence, en partenariat avec SCORE LCA sur le thème : « Analyse du cycle de vie : usages et objectifs - De la normalisation à l'application en entreprise ».
Dix ans après un premier colloque sur ce thème organisé par l’AFITE le 17 novembre 2011, sous le Haut Patronage du Ministère de l’Écologie, en partenariat avec APEDEC, INERIS et les Annales des Mines1, l’association organisait le 22 juin 2021 une nouvelle rencontre sur ce sujet, en partenariat avec SCORE LCA, réseau collaboratif ACV en France.
Cette matinale avait pour objectif de présenter l'état des lieux de l'ACV et les bonnes pratiques en France et à l'étranger, les travaux de normalisation, les liens entre l'ACV et l'affichage environnemental sur les produits, procédés ou services et les projets de la commission européenne en la matière (Product Environmental Footprint).
Introduction et présentation générale de l'ACV
Par Arnaud Helias, Directeur de recherche à l’INRAE et titulaire adjoint de la chaire en ACV ELSA-PACT
Pourquoi l’ACV ?
L’ACV décrit l’analyse environnementale, tout au long du cycle de vie d’un produit ou d’un service.
Avec la révolution industrielle, nous avons assisté au développement exponentiel d’activités humaines, avec pour conséquences l’altération de l’environnement. Afin d’agir pour préserver la valeur intrinsèque de l’environnement, sa valeur d’usage ainsi que sa valeur pour la santé humaine, il est nécessaire de savoir à quel niveau agir, avec quels bénéfices, et pour cela il faut mesurer les impacts des activités humaines sur l’environnement.
L’ensemble de ces étapes, permettant d’avoir une analyse quantitative des activités humaines et de leurs conséquences sur l’environnement, constituent la démarche d’analyse de cycle de vie.

Présentation de la démarche ACV (source : présentation d’Arnaud Helias)
L’ ACV est la méthodologie de référence pour quantifier les impacts sur l'environnement des biens et des services. Il s’agit d’une méthodologie normalisée2 et reconnue au niveau européen et international.
Principes de l’ACV
L’ACV repose sur trois piliers :
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Approche cycle de vie : l’analyse doit prendre en compte toutes les étapes du cycle de vie d’un produit ou service pour l’inventaire des flux, du « berceau à la tombe » : extraction des matières premières et énergie nécessaires à la fabrication du produit, distribution, utilisation, collecte et élimination, ainsi que toutes les phases de transport.
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Approche multicritère des impacts environnementaux : la diversité des impacts doit être intégrée afin d’éviter les transferts de pollutions entre les impacts.
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Approche fonctionnelle : l’ACV s’intéresse au service rendu, à la fonction du produit ou service. Ainsi, avec l’ACV, on pourra comparer deux produits différents ayant la même fonction. Une fois la fonction du système définie, on définit l’unité fonctionnelle, qui doit être une notion mesurable et claire.
La mécanique de l’ACV
La méthodologie de l’analyse du cycle de vie s'articule autour de quatre étapes qui sont décrites dans les normes ISO 14040 et 14044. Il s’agit d’une approche itérative, l’interprétation étant au cœur de la démarche.

Les 4 étapes de l’ACV selon les normes ISO 14040 et 14044
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Étape 1 : définition des objectifs et du champ de l’étude : Cette étape permet de définir les objectifs de l’ACV, et de préciser l’unité fonctionnelle choisie, les frontières du système étudié et les limites de l’étude.
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Étape 2 : inventaire de cycle de vie (ICV) : Cette étape consiste à dresser l’inventaire des flux de matières et d’énergies entrants et sortants, associés aux étapes du cycle de vie rapporté à l’unité fonctionnelle retenue. L’inventaire doit être exhaustif, ou tendre vers l’exhaustivité. Dans le cas contraire, il faut le justifier et si nécessaire modifier le périmètre de l’étude. Cette étape requiert du temps (et de l’argent), elle s’appuie sur des bases de données issues d’inventaires déjà réalisés et des logiciels pour manipuler des systèmes de grandes dimensions
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Étape 3 : évaluation des impacts : À partir des flux de matières et d’énergies recensés et de l’état des connaissances, il s’agit de quantifier les impacts potentiels. Pour cela, il existe plusieurs méthodes « clé en main »
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Étape 4 : interprétation des résultats obtenus en fonction des objectifs retenus : le processus est itératif, de manière à toujours valider que les résultats obtenus répondent aux objectifs de l’étude.
L’ACV va permettre de comparer les différentes atteintes à l’environnement, sur les écosystèmes, la santé humaine et les ressources. Elle permet de comparer différents produits pour choisir des alternatives, mais également examiner les différentes étapes de la vie du produit afin de savoir quels sont leurs impacts.
Conclusions
L’Analyse du cycle de vie est une approche globale, pluridisciplinaire, et systémique. Elle est multisectorielle et reconnue au niveau international. Il s’agit d’une démarche transparente où tout est structuré, quantifié et justifié, afin d’apporter de la crédibilité au résultat. Enfin l’ACV est une méthode opérationnelle, développée par une communauté scientifique et utilisée par les acteurs économiques.
La démarche PEF: Product Environmental Footprint de la Commission Européenne
Par Delphine Bauchot – Directrice associée chez Solinnen, membre du Technical Advisory Board de PEF
Qu’est-ce que la démarche PEF ?
Face aux nombreuses déclarations et labels environnementaux figurant sur les produits (plus de 400 dans le monde), et peu parmi eux s’appuyant sur des standards internationaux ISO, la Commission Européenne s’est lancée, à partir de 2011, dans la construction d’une méthodologie harmonisée pour évaluer l’empreinte environnementale des produits et des organisations. Cette méthodologie, qui s’inspire des séries de standards ISO 14040 (Analyse de Cycle de Vie) et ISO 140203 (Déclaration environnementale) est définie par la DG Environnement dans l’objectif de remplacer l’ensemble de ces standards ainsi que toutes les méthodes de label écologiques européens. Cette initiative vise à mettre en place une démarche commune et une clarification des messages à destination de consommateurs.
Depuis 2013, 26 projets pilotes, auxquels se rajoutent de nombreux projets non officiels, dans des secteurs très variés, ont testé la méthodologie en développant leur guide sectoriel et en le testant, aussi bien au niveau de l’évaluation, de la communication, que des phases de vérification. Cette phase pilote prévue sur 3 ans, a été prolongée de plus d’un an et demi et a nécessité une implication très importante de l’ensemble des parties prenantes (entreprises, grandes et petites, associations industrielles et sectorielles, experts techniques, universités, ONG, associations de consommateurs, représentants gouvernementaux, diverses instances de la Commission Européenne ainsi que des organismes hors Europe, des Etats-Unis ou du Japon par exemple).
Depuis 2019, le dispositif est entré en phase de transition avec 5 projets sectoriels en cours (Vêtements (y compris accessoires et chaussures), Fleurs coupées et plantes en pot, Emballages flexibles, Gazon synthétique, Poissons marins (sauvages et issus de l’aquaculture à filets ouverts)) et 8 groupes d’experts produits (Sustainable Consumption and Production expert groups) (Vêtements et chaussures, Boissons, Produits finaux basés sur la chimie, Produits de construction, Électricité et électronique, Produits alimentaires (y compris les produits non destinés à la consommation humaine), Matériaux et produits intermédiaires, Production et transmission d’énergie).
La commission est accompagnée par plusieurs groupes d’experts, dont le TAB (Technical Advisory Board) qui a pour objectif d’examiner les questions méthodologiques.
Les apports de la démarche PEF
La phase expérimentation du PEF a permis la publication d’un Guide PEF (PEFCR version 6.3 – Mai 2018) qui fournit des instructions détaillées sur la manière de mettre en œuvre la méthodologie et de 18 guides sectoriels (PEFCRs) (avec 18 produits benchmark, qui sont des produits représentatifs, réels ou virtuels, permettant le benchmark par rapport à la performance moyenne du Produit Représentatif) et 2 guides organisationnels OEFSRs (Production de cuivre et Commerce de détail (Retail)).
Ce travail a également permis la publication d’une base de données gratuite pour les données d’arrière-plan (base de données EF v2 mise à jour vers v3 lors de la phase de transition) mise à disposition de l’ensemble des acteurs réalisant des études PEF. Enfin, le JRC (Centre commun de recherche de la commission Européenne) a publié plusieurs rapports techniques.
Ces éléments sont publics et disponibles sur le site de la Commission Européenne : https://ec.europa.eu/environment/eussd/smgp/PEFCR_OEFSR_en.htm
L’approche PEF est proche des standards ISO 14044 et 140254, mais avec des exigences et des méthodes supplémentaires sur certains points, tels que la définition de l’unité fonctionnelle, la notion de produit représentatif et le benchmark, ou encore des aspects concernant les niveaux de modélisation. Par ailleurs, les indicateurs qui devront être pris en compte sont définis dans les référentiels. Les données doivent respecter des exigences précises en termes de qualité, de format, et les données par défaut sont imposées et disponibles gratuitement. Toute déviation doit être justifiée. Enfin la prise en compte de la fin de vie fait l’objet de règles spécifiques.
Perspectives d’application et usage de PEF
Le Conseil de l'Union européenne dans ses conclusions du 4 octobre 2019 « Plus de circularité -Transition vers une société durable » accueille favorablement les projets pilotes mettant en œuvre la méthode de l'UE visant à déterminer l'empreinte environnementale et demande instamment à la Commission d'examiner si elle peut figurer parmi les méthodes utilisées pour élaborer des critères dans le cadre des mesures relevant de la politique de produit, par exemple le label écologique de l'UE, l'écoconception et les marchés publics écologiques de l'UE et salue toutes les initiatives visant à soutenir la communication des incidences environnementales sur la base du projet pilote relatif à l'empreinte environnementale et, à terme, la mise en place d'un système obligatoire applicable aux allégations environnementales.
Dans le plan d'action pour une économie circulaire publié le 11 mars 2020, la Commission Européenne indique qu’elle proposera que les entreprises étayent leurs allégations environnementales en utilisant les méthodes de l’empreinte environnementale de produit et de l’empreinte environnementale d’organisation. La Commission testera l’intégration de ces méthodes dans le label écologique de l’UE et inclura de façon plus systématique, dans les critères d'obtention de ce label, la durabilité, la recyclabilité et la teneur en matières recyclées. La révision de la directive sur l’écoconception et la poursuite des travaux portant sur des groupes de produits spécifiques, au titre du cadre en matière d’écoconception ou d’autres instruments, s’appuiera, le cas échéant, sur des critères et des règles établis conformément au règlement sur le label écologique de l’UE, à l’approche relative à l’empreinte environnementale des produits et aux critères de l'UE pour les marchés publics écologiques.
Cette approche fait régulièrement l’objet de consultations publiques par la Commission Européenne.
Trois scénarios sont envisagés :
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Aucune modification des recommandations et aucune autre action engagée sur le sujet.
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Rendre l’utilisation de PEF obligatoire pour les déclarations écologiques des entreprises.
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Mettre en place une législation établissant un cadre volontaire basé sur les méthodes PEF.
L'affichage environnemental en France : Où en est-on ?
Par Charlotte Sannier, Ingénieure éco-conception, AM Valor
AM Valor est une filiale des Arts et Métiers qui figure parmi les sociétés retenues par l’ADEME en qualité de délégataire dans le cadre de l’expérimentation d’affichage environnementale en France.
Historique de la démarche
L’affichage environnemental est une démarche engagée en 2009 dans le cadre du Grenelle de l’environnement afin de sensibiliser les consommateurs aux impacts environnementaux des produits et services. La loi de la transition énergétique pour une croissance verte du 17 août 2015, oblige les fabricants et distributeurs à tenir à disposition des consommateurs les données techniques utilisées pour communiquer sur la performance environnementale de leurs produits (article 90). Cette mesure vise à encadrer les allégations environnementales et à lutter contre l’écoblanchiment (ou green washing). En avril 2018, l’affichage environnemental fait partie des mesures phares de la feuille de route Economie circulaire (FREC). En 2020, L’article 15 de la Loi AGEC5 instaure officiellement un dispositif d’affichage environnemental (ou environnemental et social) volontaire et lance une expérimentation de 18 mois pour certains secteurs prioritaires (habillement/chaussures, ameublement, tourisme, numérique).
L’Affichage Environnemental, c’est quoi ?
L’affichage environnemental est matérialisé par une note (A, B, C, D ou E) affichée sur le produit (ou service), en rayonnage ou sur Internet, calculée sur l’ensemble du cycle de vie du produit (ou service) concerné suivant un référentiel validé. Cela donne un repère simple pour les consommateurs à travers une note unique qui permet de comparer les produits entre eux et de faire un choix éclairé au moment de l’achat.
Le dispositif permet également d’inciter les fabricants et les distributeurs à initier ou valoriser leurs démarches d’éco-conception et à produire plus durablement.

Exemples de variantes du logo de l’affichage environnemental
Déploiement de l’affichage environnemental
La mise en œuvre d’une démarche d’affichage environnemental dans le cadre de l’expérimentation prévue par la Loi AGEC permet aux entreprises volontaires de répondre à la demande des consommateurs, de monter en compétences et de se démarquer de ses concurrents, mais également d’être prêt si le dispositif devient obligatoire (au niveau français ou européen).

Les étapes pour déployer l’affichage environnemental
La démarche d’affichage environnementale se décompose en 7 étapes :
Étape 1 - Sensibilisation : L’entreprise doit comprendre les enjeux de l’affichage, consulter les informations disponibles et les parties prenantes concernées.
Étape 2 - Engagement : L’entreprise s’organise pour déployer le projet : définition du périmètre (familles de produits, échantillon représentatif…) et met en place des moyens nécessaires (ressources internes ou accompagnement externe, choix de l’outil pour calculer les notes…).
Étape 3 - Collecte des données : Collecte auprès des fournisseurs, usines de fabrication, transporteurs… des données spécifiques aux produits à afficher.
Étape 4 - Évaluation environnementale des produits/services : Les données récoltées sont saisies dans un outil afin de calculer les scores par indicateur (l’entreprise peut développer un outil en interne ou utiliser un outil fourni par des tiers).
Étape 5 - Attribution des notes ABCDE : Les scores obtenus à l’étape 4 sont agrégés pour obtenir une lettre ABCDE.
Étape 6 - Vérification de la sincérité des notes affichées : Faire appel à l’un des délégataires de l’ADEME, pour vérifier la sincérité des notes et autoriser l’usage de la marque.
Étape 7 - Affichage des notes sur les produits/services : Communication de la note aux consommateurs.
Les étapes 2 à 5 peuvent être réalisées en interne ou avec l’accompagnement d’un bureau d’études spécialisé, et peuvent faire l’objet de subventions ADEME. Deux dispositifs de financement existent :
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Pour les PME qui mettent en œuvre une démarche d’affichage environnemental, sans écoconception, à travers le guichet "Tremplin pour la transition écologique des PME".
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Pour toutes les entreprises engagées dans un projet d’écoconception dans le cadre de l’appel à Idées et à Projets "Economie Circulaire 2021".
Les projets sont à déposer sur : https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/
Le cadre technique
Un cadre technique a été développé en concertation entre les pouvoirs publics et les parties prenantes. Il se compose de plusieurs outils reconnus et assurant la comparabilité des résultats :
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Les principes généraux et le cadre méthodologique - Référentiel BPC 30-323 : commun à toutes les catégories de produits.
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Les référentiels sectoriels qui expliquent comment les ACV doivent être réalisées spécifiquement pour chaque catégorie de produit afin d’assurer la comparabilité des résultats de l’affichage environnemental. Il en existe 30 actuellement (dont 4 en révision) + 2 en cours de vérification.
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La Base Impacts® : base de données françaises servant au calcul de l’affichage environnemental des produits de grande consommation développée et gérée par l’ADEME.
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Le format d'affichage : une charte graphique de l’affichage environnemental a été définie, commune à toutes les catégories de produits, avec une marque ADEME déposée IMPACT ENVIRONNEMENTAL®.
Tous ces documents sont disponibles gratuitement sur le site http://www.base-impacts.ademe.fr/
On en est où aujourd’hui ?
Les quatre secteurs-pilotes concernés témoignent de l’intérêt de la part des acteurs économiques concernés.
Textile : les référentiels chaussures et habillement sont en révision. Les premiers outils et les premières notes seront bientôt vérifiées. Une étude est prévue en fin d’année pour comparer le PEF et l’affichage environnemental français.
Tourisme : Un premier outil de calcul a été validé (Winggy/Betterfly Tourism) pour l’hôtellerie. Deux référentiels sont en cours de vérification pour les meublés de tourisme et l’hôtellerie de plein air.
Ameublement : Un travail du FCBA est en cours pour l’actualisation des 4 référentiels existants. La fédération a développé un outil « Eco-meuble » pour le calcul des notes qui sera bientôt vérifié.
Comparatif affichage français / affichage européen pour le secteur textile
Le dispositif français peut être mis en œuvre immédiatement, tandis que les référentiels européens sont en cours de développement pour une validation par la Commission européenne en 2022.
Le référentiel français compte une cinquantaine de pages et prend en compte deux indicateurs d’impact (CO2 et Eutrophisation), le dispositif Européen compte 13 référentiels pour le textile, analyse 14 indicateurs d'impact et la durabilité des articles est prise en compte.
La Base Impacts est gratuite, accessible à tous et validée par les pouvoirs publics, tandis que la Base de données européenne, sera accessible aux membres du projet début 2022.
Enfin, le dispositif français compte 7 étapes, la démarche PEF, 2 étapes seulement, elle ne prévoit pas d'étape de communication au consommateur, ni d’agrégation du résultat avec une note ABCDE par exemple. Le projet PEF ne prévoit pas non plus de vérification officielle des calculs par un tiers indépendant.
Vérification via une délégation de Service Public
Pour garantir le cadre technique et méthodologique de l'affichage environnemental, l'ADEME a mis en œuvre une délégation de service public (DSP). Deux missions ont été dévolues à 3 délégataires pour chacune d'entre d'elles :
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mission 1, validation de nouveaux référentiels ou révision de référentiels existants,
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mission 2, vérification de la sincérité des notes environnementales affichées par les entreprises volontaires sur leurs produits ou services.
Les entreprises qui souhaitent faire valider un projet de nouveau référentiel (ou révision d’un référentiel existant) ou faire vérifier leurs notes avant de les afficher, signent un contrat avec le délégataire de leur choix qu’elles rémunèrent, selon des grilles tarifaires identiques. A titre d’exemple, le coût de vérification pour une PME pour un produit textile est d’environ 4800€. Le tarif est dégressif.
Point sur les normes en rapport avec l'ACV
Par Christèle Wojewodka, Responsable du développement durable, Rockwool
Christèle Wojewodka dispose d’une longue expérience dans le domaine des ACV. Elle a notamment travaillé au sein de l’entreprise Ecobilan et a été présidente de la commission de normalisation X30U (Outils d'aide au management environnemental) de 2016 à 2019. Depuis 2001, elle participe à la commission de normalisation P01E (Développement durable dans la construction) au sein duquel elle anime un groupe de travail sur l’ACV produits de construction et bâtiments depuis 2017
Les ACV dans le secteur de la construction
L'Association HQE a été créée en 1996 afin de regrouper les acteurs du bâtiment dans le but de développer la Qualité environnementale des bâtiments. Sont apparues alors des listes vertes/noires de produits de construction autorisés ou non dans les bâtiments HQE, selon des critères parfois arbitraires.
L’AIMCC (Association des Industries de Produits de Construction) a donc été à l’initiative de la création de la commission de normalisation P01E afin de pouvoir évaluer, de manière neutre et non biaisée, la qualité environnementale des Produits de construction en s’appuyant sur les ACV. Les travaux de cette commission ont permis la publication, en décembre 2001 de la norme X P01-010, première norme au monde sur l’affichage environnemental des produits de construction, puis en 2005 la NF X P01-020 sur l’évaluation environnementale des bâtiments.
Ces deux normes s’appuyaient sur les normes ISO 14040 et 14044 pour l’ACV et sur la norme ISO 14025 pour les déclarations environnementales. Elles ont été appliquées par les fabricants de produits de construction, mises à jour et adaptées à partir des retours d’expériences. À la création du CEN/TC350, Comité européen de normalisation chargé de l'élaboration de méthodes normalisées pour l'évaluation de la contribution au développement durable des ouvrages, la norme française a servi de base à la norme européenne EN 15804.
L’ensemble des pays européens utilise aujourd’hui la norme NF EN 15804+A16, issue de la norme française pour produire les DEP (Déclarations Environnementales des Produits) et FDES (Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire) relatives aux produits, services et processus de construction.
Au vu du nombre important de DEP et de FDES produites, il a été décidé de créer la base nationale INIES, gérée de façon participative par les acteurs de la construction, dont les Pouvoirs Publics. Chacune des informations figurant sur la base sont validées par un vérificateur habilité du programme INIES avant d’être publiée.
Du mauvais usage des normes
La future Réglementation Environnementale RE2020 introduit la mesure de performance environnementale du bâtiment en se basant sur le principe de l’Analyse de Cycle de Vie (ACV). La méthode proposée souhaite valoriser le stockage temporaire du carbone dans le bâtiment en utilisant une méthode simplifiée de l’ACV dynamique qui pondère l’impact des émissions de GES en fonction de l’année de leur émission : plus une émission a lieu tôt, plus son impact est important. Cette méthode favorise les matériaux dont l’impact est important en fin de vie. C’est typiquement le cas des matériaux biosourcés qui libèrent en fin de vie le carbone stocké pendant leur phase de croissance. Cela revient à dire que le CO2 émis plus tard sera moins “dangereux” pour la planète. Quelles sont les bases scientifiques de cette hypothèse ? La norme ISO 140677 précise que le stockage temporaire du carbone doit être une information déportée et non incluse dans l’empreinte carbone.
Par ailleurs, en plus des modules A (production), B (utilisation) et C (fin de vie du produit) la méthode proposée prend en compte le module D : « impacts produits et évités du fait de la valorisation des produits à la fin de leur vie » qui n’est normalement pas inclus dans l’ACV du produit de construction.
Ces méthodologies ne sont reconnues par aucune norme ISO. De mauvais choix constructifs pourront être fait dans les prochaines années en raison d’une mauvaise interprétation de la norme ISO 14040.
Au-delà du secteur de la construction de nombreuses applications de l’ACV
Il existe de nombreuses applications de l’ACV au-delà du secteur de la construction, par exemple :
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Usage de l’ACV pour l’évaluation quantifiée de la dimension environnementale des solutions d’économie circulaire : l’augmentation de la valeur d’un indicateur d’économie circulaire (ex. taux de valorisation en fin de vie) n’est pas forcément un indicateur de performance environnementale sur toute la plage de valeurs. Les travaux de l’ISO/TC 323 sur la circularité des produits s’appuient sur l’ACV.
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Usage de l’ACV pour la détermination des seuils de performance dans le cadre de la taxonomie verte : les travaux sur la série de norme ISO 14030 (Évaluation de la performance environnementale — Titres de créance verts) s’appuient sur l’ACV, ainsi que les travaux de la Direction Générale des affaires économiques et financières dans le cadre du plan d’action sur la finance durable de la Commission Européenne, lancé en 2018.
Quels usages de l'ACV pour quels objectifs ? L' ACV en regard d'une fonction d'ingénieur en entreprise
Par Philippe Osset – Directeur scientifique de SCORE LCA et Président et co-fondateur de Solinnen
Les usages de l’ACV
L’ACV permet de contribuer à de grandes fonctions de l’entreprise et peut intéresser beaucoup d’utilisateurs.
Contribution en Stratégie
Il est possible pour une entreprise de réaliser un ACV organisationnelle suivant la norme ISO 140728 ou le dispositif OEF (Organisation Environmental Footprint), similaire à PEF pour les organisations.
La démarche permet identifier les performances des produits et services de l’entreprise, les principaux contributeurs et les principales problématiques environnementales associées. Cette approche organisationnelle globale permet de faire des choix d’investissement et de lancer des actions ciblées. Elle pourra orienter les décisions avant une acquisition, ou le développement de nouvelles filières de production.
L’ACV permet également d’orienter ses stratégies d’achats ou accompagner la mise en œuvre d’une politique au sein de l’entreprise.
R&D et Innovation
En matière de recherche développement et innovation, l’ACV permet par exemple :
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d’apporter un volet « quantification » à certains moments clefs de la démarche d’éco-conception,
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de mesurer l’évaluation environnementale d’un portefeuille de technologies nouvelles afin de comparer ces projets et orienter les choix et les investissements,
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d’évaluer l’éco-efficacité d’un système de produits afin de quantifier, par exemple, ses ressources, sa production, sa livraison ou l’efficacité d’utilisation, (cf. ISO 14045:20129),
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de participer à des projets de recherche financés par les pouvoirs publics ou en partenariat, pour lequel une approche ACV peut être exigée.
Marketing et commercial, communication vers les clients
Les démarches d’ACV permettent de fonder la communication de l’entreprise en matière d’environnement sur des arguments fondés et vérifiables, afin, par exemple de :
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Engager une communication environnementale produit selon ISO 14020, pour la mise en place de labels et déclarations environnementales produits,
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Répondre à des demandes de clients ou à des appels d’offres pour lesquels une information environnementale est souvent exigée,
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Répondre à des attaques,
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Communiquer en premier son savoir-faire,
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Contribuer aux plaquettes commerciales.
Lobby technique
La pratique de l’ACV permet de :
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Participer en normalisation afin de partager et proposer ses bonnes pratiques,
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Échanger dans le cadre de la mise en place d’une réglementation nationale (ex. RE2020) ou internationale (ex. PEF),
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Combattre une réglementation locale inadéquate en appuyant ses arguments sur des éléments,
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Assister les juristes au tribunal de commerce.
Communication institutionnelle
En matière de Communication institutionnelle, l’ACV permet de crédibiliser l’action environnementale et d’éviter les communications maladroites et/ou inappropriés. Elle permet d’expliquer les actions et les raisons environnementales qui ont été retenues.
L’action d’un ingénieur en entreprise
Il existe deux niveaux d’action en entreprise, les experts et les usagers des ACV.
Utilisateur d’ACV
Au sein des fonctions de l’entreprise, la plupart des ingénieurs peuvent avoir recours à des ACV, ils doivent connaître les sujets où l’ACV peut l’aider et être capable de spécifier une étude ACV pour faire faire l’étude qui lui servira, en lien avec son objectif. Il doit savoir quels sont les experts ACV sur lesquels s’appuyer – internes ou externes.
Expertise ACV
Les entreprises peuvent avoir recours à des prestataires pour la réalisation d’ACV, mais s’ils souhaitent avoir recours la méthode de manière régulière, il peut devenir indispensable d’avoir au moins un expert interne équipé des outils nécessaires afin de répondre de manière rapide et flexible aux problématiques.
Les experts doivent être au service des utilisateurs des résultats d’ACV en les aidant à spécifier les études qui répondront à leurs besoins et en aidant à gérer des éventuels sous-traitants.
Ils doivent mettre en œuvre et connaître un logiciel (ex. Simapro, Gabi…), une base de données (Ecoinvent…) et doivent se tenir informé des avancées en matière d’ACV en faisant de la veille.
Enfin, ils doivent collaborer et capitaliser les résultats des études d’ACV.
Conclusions
Les usages de l’ACV sont multiples et chacun d’eux demande une étude d’ACV spécifique avec une modélisation plus ou moins complexe. Les compétences d’expert ACV permettent de répondre à l’ensemble des objectifs possibles
Tous les ingénieurs en entreprise ont de fortes chances d’être impliqués dans des projets d’ACV au cours de leur carrière, en qualité d’utilisateur, de contributeur ou d’expert (pour certains).
Témoignages d'entreprises
Pour illustrer différents usages de l’analyse de cycle de vie en entreprise, deux intervenants ont présentés au cours de la matinée comment ils utilisent l’ACV dans leur activité professionnelle.
Denis Le Boulch, Ingénieur chercheur sénior chez EDF Recherche et Développement, pratique l’analyse du cycle de vie depuis plus de 20 ans. Au sein d’EDF, la compétence ACV a été placée au sein de la R&D. L’avantage est que cela permet à l’entreprise de s’assurer d’une crédibilité scientifique et de suivre les évolutions méthodologiques et les derniers développements. L’équipe est composée d’environ 6 personnes, spécialisées par grandes thématiques stratégiques d’EDF (production et usages de l’électricité). Un espace collaboratif interne (le « Lab LCA ») a été créé en 2019 afin d’héberger les logiciels et base de données, capitaliser les études, et faciliter l’appropriation de la méthode en interne. L’équipe R&D s’appuie sur des relais et partenariats universitaires et sur des cabinets de conseils pour des développements spécifiques. EDF s’intéresse particulièrement aux domaines touchant la production d’énergie et ses usages (mobilité électrique et bâtiment notamment). Pour ses travaux, l’équipe exploite largement les résultats de SCORE LCA : co développement d’indicateurs, de méthodologies (ACV conséquentielle, Transition énergétique, Finances durables, Ecoconception, etc.) ou acquisition de données dans des secteurs particuliers, tels que les batteries, les activités minières, le captage du CO2, le numérique… Toutes les études SCORE LCA font l’objet d’une valorisation interne.
Marion Pasquier Coordinatrice HSE au sein du service R&D biocarburant de TotalEnergies est en charge des études ACV pour les projets en phase de R&D. Plusieurs domaines d’utilisation de l’ACV ont été identifiés au sein du groupe TotalEnergies dans le domaine des biocarburants, avec différents objectifs. La méthode permet de comparer différentes technologies de fabrications pour différentes matières biosourcées ou déchets. Dans le cas de technologies en cours de développement, l’ACV permet d’identifier les points clefs à améliorer. Par ailleurs, dans le domaine des biocarburants un cadre réglementaire pour les études ACV est défini par une directive européenne10. Au stade industriel, l’ACV est utilisée pour l’homologation et la certification des produits dans le cadre de cette directive. Cette dernière impose un abattement d’émissions de gaz à effets de serre par rapport aux carburants fossiles, sur la base d’une évaluation des émissions au cours du cycle de vie. Les ACV dans le domaine des biocarburants présentent quelques spécificités : le CO2 rejeté lors de l’utilisation des bioproduits est considéré comme neutre, car il correspond à la quantité absorbée lors de la croissance de la biomasse. De plus, le changement d’affectation des sols, direct ou indirect, est pris en compte et il peut peser de manière importante sur les résultats. À titre d’exemple, Marion Pasquier présente un cas d’étude de pyrolyse de biomasse, dans lequel l’ACV permet de comparer l’impact sur le réchauffement climatique en fonction des différentes utilisations du biochar, co-produit de la réaction, comme combustible en remplacement de coke dans une aciérie, comme amendement agricole ou pour séquestrer du carbone dans le sol.
1Les actes du colloque ont été publiés dans le numéro 66 de Responsabilité & Environnement (avril 2012)
2ISO 14040:2006 : Management environnemental — Analyse du cycle de vie — Principes et cadre
ISO 14044:2006 : Management environnemental — Analyse du cycle de vie — Exigences et lignes directrices
3ISO 14020:2000 : Étiquettes et déclarations environnementales — Principes généraux
4ISO 14025:2006 : Marquages et déclarations environnementaux — Déclarations environnementales de Type III — Principes et modes opératoires
5Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire
6NF EN 15804+A1 Avril 2014 - Contribution des ouvrages de construction au développement durable - Déclarations environnementales sur les produits - Règles régissant les catégories de produits de construction
7ISO 14067:2018 - Gaz à effet de serre — Empreinte carbone des produits — Exigences et lignes directrices pour la quantification
8ISO/TS 14072:2014 - Management environnemental — Analyse du cycle de vie — Exigences et lignes directrices pour l'analyse du cycle de vie organisationnelle
9ISO 14045:2012 - Management environnemental — Évaluation de l'éco-efficacité des systèmes de produits — Principes, exigences et lignes directrices
10Directive (UE) 2018/2001 du Parlement Européen et du Conseil du 11 décembre 2018 relative à la promotion de l'utilisation de l'énergie produite à partir de sources renouvelables
Publié le 30/09/2021
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